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Chine · Ethno · Reportages

Voyage au bout du canard

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En France, on vous dira que dans le cochon, tout est bon. C’est un peu pareil pour le poulet aux Philippines, et pour le canard en Chine. On aime sa langue, sa tête, ses pattes, sa chair, son cou, son sang, sa peau et ses oeufs. Et sûrement plus encore. Cette histoire d’amour remonte à peu près au Vème siècle. C’est à cette époque que les Mandarins ont commencé à le rôtir, pour ne jamais s’arrêter.

De nos jours, le canard est partout en Chine, plus seulement dans la région de Pékin. En marchant dans les rues de Hong Kong, on trouvera ces charmants volatiles sous toutes les formes possibles et imaginables, sur les menus des restaurants, chez les bouchers, en street food et sur les marchés.

Contrairement à chez nous, le canard, étant très répandu, ne coûte quasiment rien. Sur la photo ci-dessous, les grosses barquettes pleines de canard laqué coûtent 2 euros. Quand on connaît le prix de l’alimentation à Hong Kong actuellement, on voit la bonne affaire. En effet ces dernières années l’inflation a fait gonfler les prix de toutes les denrées. Faire ses courses coûte à présent presque aussi cher qu’en France, même si on consomme principalement des produits locaux.

Le canard laqué : la peau, la chair, le gras, les os

Le canard laqué, tout le monde en a entendu parler, et beaucoup l’ont goûté. C’est probablement le plat chinois le plus célèbre à l’étranger. Parlons-en un peu quand même. On avait beau rôtir du canard depuis longtemps, le véritable canard laqué n’est apparu qu’au XIVème siècle. C’était l’un des plats principaux du menu de la cour impériale. Au XVIIIème siècle, sa consommation s’est étendue à la classe supérieure. Au milieu du XXème siècle, il était devenu l’un des plats nationaux, adoré des locaux et des touristes.

Canards laqués et fumés dans la rue © Quentin Gaudillière

Canards laqués et marinés dans la rue © QG

Un mot sur la manière dont ces canards sont présentés : on les voit toujours accrochés. C’est en fait une méthode développée dans les cuisines de l’empereur. Elle permet à la bête de sécher après l’avoir plumée, éviscérée et rincée à grande eau. On enduit ensuite la peau d’un ingrédient magique, puis on le laisse pendu encore 24 heures. Ensuite, on allume le feu en-dessous pour le faire rôtir. Du début à la fin, on n’aura pas besoin de le décrocher, à part bien sûr pour le servir.

Si l’on respecte la tradition, on sert le canard laqué en trois étapes. Tout d’abord, on mange la peau croustillante, en la trempant dans le sucre et la sauce d’ail. La peau s’enlève facilement grâce au mode de préparation employé : on souffle de l’air sous la peau du canard tué et éviscéré pour la séparer du gras. Elle est ensuite enduite de sirop d’orge malté et rôtie jusqu’à atteindre cette belle couleur brune. Bref, la peau, c’est le coeur du canard laqué, elle concentre les saveurs et les arômes.

On sert ensuite la chair avec des chun bing, des pancakes cuits à la vapeur, ainsi que de la ciboule et une sauce douce, épaisse et sombre à base de soja fermenté appelée tian mian jiang. On peut l’accompagner de légumes, comme du concombre frais. La pratique traditionnelle est de faire une sorte de burrito, enroulant la viande, la sauce et les légumes dans la crêpe. Ce qui restera de viande, de gras et d’os pourront être la base d’un bouillon consommé tel quel; on peut également les couper en morceaux et les faire sauter, pour ensuite les déguster avec la sauce douce au soja. Bref, rien ne sera perdu.

Et la tête, alouette ?

Têtes de canard au marché © Quentin Gaudillière

Têtes de canard au marché © QG

Enfin, presque. Et la tête alors ? Le cou, les pattes ? Attendez, j’y viens. Dans le canard laqué, toutes ces parties sont prélevées avant la cuisson. Mais elles ne sont pas perdues pour autant. Commençons par la tête. On peut la manger frite, juste comme ça, allez, on se fait plaisir. On ne mange pas le bec, hein, n’allez pas vous blesser. Mais pourquoi pas la faire sécher, la petite tête, puis la consommer en soupe. Et la langue, ah la langue. La langue peut se déguster seule. Les Chinois aiment beaucoup.

Une langue de canard, c’est minuscule. Ca fait entre 3 et 4 cm de long. Il en faut plein pour faire un plat. Mais oui, c’est un plat à part entière. Frit c’est très chouette. Elles deviennent croustillantes dehors, très fondantes dedans, parce que la langue concentre beaucoup de gras. Les arômes de canard sont bien présents. Ca se trouve à Paris, vous devriez essayer.

Quant au cou, lui aussi a sa propre existence. On l’apprécie beaucoup à Wuhan, c’est une spécialité locale. L’industrie du canard, dans cette ville seule, représentait en 2009 1,25 milliards de dollars. Quand je vous dis qu’il y en a beaucoup en Chine. Pour en revenir au cou, on en fait des super soupes. Ou on le mange volontiers en snack : il est d’abord mariné dans la saumure pimentée, puis bouilli et sauté dans le wok. Bon, dans le Sud-Ouest de la France on mange du cou farci. La grande différence, c’est que tous les snacks-bars de France n’en proposent pas. En Chine, le cou est disponible un peu partout.

Têtes et cous de canards à Mong Kok © Quentin Gaudillière

Têtes et cous de canards à Mong Kok © QG

Jusqu’au bout, même un peu plus loin

Non non non, ce n’est pas fini, il en reste plein des bouts de canard après tout ça. Les pattes, le sang, les oeufs… On continue. Commençons par le sang. Il n’y a pas de quoi pousser des cris, beaucoup d’autres pays en consomment. On en fait des soupes en Chine, mais aussi au Vietnam, en Pologne, et nous avons une variante en France. Ce plat est hérité du XVIème siècle. Il est encore servi à la Tour d’Argent à Paris : il s’agit de canard servi dans une sauce à base de sang.

Passons aux intestins. La cuisine du Sichuan les propose sautés avec des légumes, frits, fourrés, ou en soupe. On les retrouve à travers tout le pays ou presque. Mais là encore, pas vraiment de quoi fouetter un chat, nous mangeons bien des gésiers – une partie de l’estomac.

Il y a aussi les pattes qui peuvent servir, on va les faire mariner, puis sauter. Ce plat est présent dans les établissements de thé de Hong Kong et de la région de Canton spécialisés dans le dimsum (j’y reviendrai). Certains les cuisinent sans les désosser et sans couper les griffes. Il est alors – exceptionnellement – permis de manger sans baguettes, juste avec les doigts. Il faudra recracher un à un tous les os. On mâchera longtemps la texture cartilagineuse du pied. Miam.

Pattes de canard griffues © Quentin Gaudillière

Pattes de canard griffues © QG

Et pour finir, parlons des oeufs. En Chine, on fait du balut aussi, qu’on appelle maodan. Les canards étant plus gros qu’aux Philippines, leurs oeufs le sont aussi. Et lorsqu’ils ne sont pas fécondés, comme aux Philippines encore, on en fait des oeufs salés. A la différence qu’ils ne sont pas roses mais gris. En effet ils ont été salés dans un mélange de sel et de charbon et prennent cette teinte pendant cette opération. On peut le manger tels quels. Le jaune sera également vendu séparément car il entre dans la composition des gâteaux de Lune.

Oeufs salés au charbon © Quentin Gaudillière

Oeufs salés au charbon © QG

Jaunes d'oeufs salés au marché © Quentin Gaudillière

Jaunes d’oeufs salés au marché © QG

Ces petites pâtisseries à base de graines de lotus, de haricots rouges, de soja ou autre sont vendues au moment de la fête de la mi-automne en Chine. On les fourrera souvent d’un jaune d’oeuf de canard salé entier. Ils sont très jolis ces petits gâteaux, décorés de sinogrammes sculptés. Mais comme la plupart des pâtisseries asiatiques, c’est plus ou moins un bloc de ciment (près de 1000 calories dans ce petit machin), lourd et peu sucré. On a connu mieux.

C’est un marché d’une ampleur considérable. Déjà, rien qu’en Chine, la tradition du gâteau de Lune est suivie par tout le monde, et tout le monde, ça fait beaucoup. Pour donner une idée, Häagen-Dazs, qui propose depuis 4 ans des « mooncakes » glacés, en a vendu plus de 1,5 milliard en 2010. Et des marques de mooncakes, il y en a des centaines d’autres. Le délire ne s’arrête pas là : le seul mode de paiement accepté pour ces gâteaux glacés est le bon d’achat. Evidemment, ces bons ont vite été en rupture de stock. D’où la création d’un marché noir de plusieurs milliards de dollars uniquement pour des bons d’achat Häagen-Dazs qui permettent d’acheter ces satanés gâteaux. Ca fait peur.

Des histoires à dormir debout sur les gâteaux de Lune, j’en ai une tonne. Il vaudra mieux y dédier un article entier, bientôt. En attendant, je vais aller me coucher dans un bel édredon en plumes de canard.

Tags: balutcanardoeufstreet foodviande

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2 Comments

  1. circuit au vietnam dit :
    21/08/2012 à 02:18

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    Répondre
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    21/08/2012 à 03:02

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    Répondre

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