le manger

  • RSSRSS
  • Reportages
  • Ethno
  • Recettes
  • Restaurants
  • Contact
  • Chine
  • Corée
  • France
  • Indonésie
  • Japon
  • Philippines
  • Taïwan

France · Reportages

Manger à l’hôpital, ça fait mal

couloir2
  • Share on Facebook.
  • Share on Twitter.
  • Partager sur Google+

J’ai fréquenté tant d’établissements hospitaliers à travers le monde ces dernières années que c’est devenu une blague avec mes amis et collègues : il faut que j’écrive un guide des hôpitaux du monde. De gamelles sur la banquise en accidents d’ouverture de noix de coco, j’ai vu de tout. Un dispensaire à l’arrache à Kulusuk au Groenland, un hôpital d’adventistes du 7ème jour aux Philippines, le « CHU » monstrueux de Manado en Indonésie, avec rats, cafards, mec qui repeint la chambre et cadavres, bref des super souvenirs.

Lors de mon dernier séjour, cette fois à l’hôpital Saint Antoine à Paris, je n’avais pas d’appareil photo. Je n’ai donc pas pu immortaliser un moment inoubliable : celui du dîner. J’ai eu droit au plateau-repas d’hôpital dans toute sa splendeur. Une viande plate indéterminée de couleur grise, avec d’étranges légumes de l’espace qui pouvaient éventuellement être des côtes de blettes, mais pas sûr, pas sûr du tout, et une sauce à rien venant généreusement napper le tout. Cette sauce, elle était grise elle aussi. Quand je dis gris, ce n’est pas grisâtre ou terne, non, c’est un vrai gris souris, un gris qui ne rime à rien, ne ressemble à rien qui se mange. C’était ignoble. Alors voilà, après avoir étudié les plateaux-repas des avions, il est temps de se pencher sur ceux des hôpitaux.

Cette fois, ce n’est pas moi qui suis dans le lit d’hôpital. Je peux donc me balader, embêter les aide-soignantes avec mes questions, amener mon appareil photo et le glisser discrètement au malade avec cette unique consigne : « immortalise le repas dégueu de l’hôpital Tenon. » La chance du jour, c’est que le voisin de chambre du malade en question est là depuis 4 mois. Pas de bol pour lui, mais c’est intéressant. Comment vit-on de nourriture d’hôpitaux pendant 4 mois ? La réponse est simple : c’est impossible. La femme du patient en long séjour, inquiète de la perte de poids de son mari, a vite compris qu’elle devrait elle-même le nourrir, au moins en partie.

Un plateau-repas d'hôpital assez correct © Julien Morello

Un plateau-repas d’hôpital assez correct © JM

Adapter au mieux les atroces menus

Perdre du poids est un classique lorsque l’on reste à l’hôpital. Il y a souvent une perte d’appétit liée à la maladie elle-même, à l’enfermement et au peu de dépenses physiques, à la perte de moral aussi. Mais surtout, il y a une nourriture difficile à avaler. Le personnel fait tous les efforts possibles. Il prend soin d’adapter le menu aux besoins physiques du patient. Un diabétique, un allergique, un édenté ne pourront pas manger la même chose. Et puis il y a d’autres prises en compte, plus personnelles. Par exemple, il est possible de respecter les interdits alimentaires, notamment religieux, des patients.

Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Si on est juif pratiquant, on peut demander un repas casher. Si on est musulman, soit on se contente du repas casher, soit on se débrouille autrement. L’aide-soignante m’explique : « ce n’est pas très adapté à la demande. Nous avons beaucoup de patients musulmans, mais pas encore de menu halal. J’espère qu’on pourra bientôt proposer cette option, il serait temps. » Au pire des cas, si le patient trouve le menu du jour scandaleusement répugnant, il peut toujours piocher parmi la « carte fixe », des plats très communs disponibles toute l’année, comme la purée, les pâtes ou le jambon. Il existe également une option végétarienne, à base de poisson ou d’oeufs.

Explication du déroulement des repas à l'hôpital Tenon Paris © Camille Oger

Explication du déroulement des repas à l’hôpital Tenon Paris © CO

Lors des trois services quotidiens, on s’adapte, on bricole. Malgré tous ces efforts, ce n’est pas bon et les malades maigrissent. Certains jours, c’est moins pire. Et certains hôpitaux sont mieux lotis que d’autres. C’est la société française Sodexo, leader mondial de la restaurant collective, qui fournit ces plateaux-repas à l’hôpital Tenon, comme dans 4002 autres établissements de santé. Sodexo nourrit également les écoliers, étudiants et détenus pénitentiaires. Bref, ils sont partout où l’on mange mal. Ce n’est pas seulement parce que Sodexo a un problème, c’est surtout parce que ce type d’établissements fonctionne sur fonds publics, et que les budgets sont loin d’être suffisants pour obtenir un repas de réelle qualité.

Ne mangez pas de fruits, je préfère vous piquer

Le coût d’un séjour de 24h à l’hôpital en France est estimé par le gouvernement à environ 36 euros. En incluant la chambre, la blanchisserie, les trois repas et la collation de l’après-midi, les services et tout ce qui va avec. Comment voulez-vous que la nourriture soit correcte à un tel tarif ? D’un point de vue sanitaire, elle est irréprochable. Mais la présentation et les qualités gustatives ne suivent pas. Aujourd’hui, c’était moins pire que ma viande grise, et même limite olé-olé. Pour le dîner, il y avait du veau marengo, des courgettes et du céleri rémoulade. Pour le dessert, un petit-suisse et deux clémentines.

Olé-olé le veau marengo © Julien Morello

Olé-olé le veau marengo © JM

Les légumes sont souvent bien représentés sur les plateaux des hôpitaux. Il faut des fibres, car la plupart des malades ont des problèmes de transit. Par contre, on évite les fruits frais. Aujourd’hui il y avait des clémentines, mais généralement, on leur préfèrera de la compote. Ca, c’est une différence intéressante entre la France et les Philippines. Aux Philippines, dès que vous êtes malade, tout le monde vient vous apporter des fruits. A l’hôpital, c’est la même chose. On vous donne beaucoup de fruits frais lors des repas, en vous disant : « Mangez vos vitamines. » A Puerto Princesa, lors d’un séjour hospitalier d’une semaine, j’allais cueillir des goyaves dans les arbres de la cour de l’hôpital pour compléter tout ça. Les médecins m’encourageaient à le faire.

En France, on évite les fruits crus que beaucoup de gens digèrent assez mal. Besoin de vitamines ? Ben attendez, on ne va pas vous donner des trucs frais à manger, on va plutôt vous faire une piquouze. Votre ananas, ce sera une perf’. Si vous voulez varier le quotidien et manger des choses crues, qui sentent bon le verger et le potager de mémé, hé bien mémé n’a qu’à vous les apporter elle-même. C’est ce que beaucoup de familles de patients finissent par faire.

La cuisine de mémé à l’hôpital

Les familles des patients peuvent amener tout un tas de produits alimentaires dans l’enceinte de l’hôpital et préparer des plateaux-repas bien à eux. Dans une salle, il y a un immense frigo, un grand micro-ondes et de la vaisselle. Les familles apportent des plats faits maison, des produits qui changent de l’ordinaire, ou le péché mignon du patient, juste pour le plaisir. D’après l’aide-soignante, aucun patient de courte durée ou presque ne se sert de ce frigo et de ce micro-ondes. Plus le séjour est long, plus ces services seront utilisés.

On n’a par contre pas le droit d’apporter n’importe quoi dans un hôpital. Personne ne va vous fouiller pour vérifier que vous ne cachez pas de microbes sous votre manteau, ce serait absurde et de toutes façons impossible. On compte donc sur votre bon sens. Certains aliments sont exclus du frigo commun, comme la viande et le poisson crus, ainsi que les produits à base d’oeufs. Ils comportent trop de risques sanitaires. Tout doit être étiqueté du nom du patient, de la date et de l’heure de préparation.

Consignes alimentaires © Camille Oger

Consignes alimentaires © CO

Des ingrédients bien choisis et des plats préparés avec amour selon les préférences du patient peuvent largement influer sur son moral et son état de santé. Et ce n’est pas le repas standard de Sodexo qui pourra aider. Si vous devez manger à l’hôpital, sachez donc que ce ne sera ni drôle, ni bon, ni agréable. Sachez aussi que les repas de l’hôpital Saint Antoine de Paris sont largement les pires que j’aie goûtés. Pire, et c’est dire, que ceux d’une compagnie aérienne indonésienne sur liste noire. Vous allez voir, je vais finir par le faire, ce guide…

Tags: plateau-repas

  • Share on Facebook.
  • Share on Twitter.
  • Partager sur Google+

    Sur le même thème

  • bento-2-2 Bento, le pratique et le paraître
  • _MG_9382 Le côté obscur du buffet végétarien
  • Repas en gelée Weider Le manger des temps modernes
  • IMG_0215 Plateaux repas aériens sur sol saoudien

8 Comments

  1. geraldine dit :
    26/11/2012 à 13:27

    bonjour
    cela fait 8 jours que je suis hospitalisé au chu de Clermont-Ferrand France, et que je ne mange presque rien tellement c’est mauvais, le veau a toutes les sauces, des champignons dans tout les plats (je n’aime pas les champi) des légumes sans gout mais qu’on trouve presque bons tellement on a faim….je comprends qu’il y ait un véritable probleme d’argent mais « ils » pourraient ce dire qu’en améliorant un peu leur plat il y aurai moins de gaspillage parce que depuis 2 jours j’ai le droit de me promener dans les couloirs et au moment ou les plateaux sont ramassés la moitié du contenu n’a pas été mangée !!!!

    Répondre
    • Camille Oger dit :
      26/11/2012 à 13:38

      Je suis complètement d’accord, la question du gaspillage est importante et en cela la logique hospitalière a quelque chose d’absurde. En plus, si l’hôpital fournissait une nourriture plus attrayante et variée, la santé des patients en bénéficierait et ils auraient certainement moins besoin de perfs et autres vitamines en cachetons… Bon courage pour ce séjour que je n’espère pas trop long !

      Répondre
  2. Patrick Cadour dit :
    02/12/2012 à 13:58

    Très bien ce billet, et c’est grâce à la nouvelle présentation de ta page d’accueil que je suis tombé dessus… J’ai également une grand expérience de ces endroits, c’est pas tous les jours fête…

    Bon, si t’es pas trop loin, et sans te souhaiter un nouveau séjour, je te ravitaillerai !

    Répondre
  3. Camille Oger dit :
    02/12/2012 à 18:11

    Idem, c’est une excellente idée d’avoir un partenaire de ravitaillement lors des séjours hospitaliers, on devrait étendre ce genre de parrainage, entre inconnus même, via des associations…

    Répondre
    • Patrick Cadour dit :
      08/12/2012 à 22:37

      Ah non, je veux être gâté par quelqu’un qui sait ce que j’aime !

      Répondre
  4. sylvie dit :
    23/01/2013 à 07:48

    Une exception française, l’ île de la Réunion : mon mari a été hospitalisé et il a eu le choix entre le repas métropolitain ou créole. Il a choisit le créole et s’ en est félicité. Il s’est régalé de bon cari et ça faisait rigoler son camarade de chambre, un créole très sympa.

    Répondre
    • Camille Oger dit :
      23/01/2013 à 08:00

      Voilà qui fait plaisir à lire, en métropole ce n’est malheureusement pas la même histoire. Je n’ai pas eu l’occasion de séjourner dans des hôpitaux ailleurs en Europe, mais ce que j’ai pu voir en Asie (aux Philippines, en Indonésie et au Japon) était radicalement différent. Evidemment, la situation n’est pas la même là-bas car la santé coûte nettement plus cher, et un séjour à l’hôpital n’engendre pas les mêmes dépenses. Bien que cette question économique soit la cause intrinsèque du problème, il me semble qu’on pourrait faire mieux en France, malgré le budget serré.

      Répondre
  5. Mireille Baur dit :
    19/03/2013 à 09:27

    Mon mari a été hospitalisé 1 mois pour un accident dans deux hôpitaux différents. Il a perdu 4 kgs. Il dit que la bouffe était dégueulasse, sans goût et sans aromates, et tout à 0°/°. Mais par contre tout très hygiénique. Mais les plateaux repartent avec la moitié du repas non consommé.

    Répondre

Laisser un commentaire

Cliquez ici pour annuler la réponse.

    • Fugu ou diodon holocanthus au marché de Penghu, Taïwan © Camille OgerFugu, poisson mortel21/01/2013
    • Oeuf centenaire © Quentin GaudillièreFaut-il avoir peur de l’oeuf centenaire ?10/06/2012
    • MG_568112La folie du Kit Kat16/05/2012
    • Fruits à Tokyo © Camille OgerLe fruit, un luxe au Japon19/03/2012
    • R00201351Le steak tartare ou le goût du cru24/11/2011
    • IMG_8916L’art de dompter un ananas21/11/2011
    • Recent
    • Popular
    • Tags
    • Champs de wasabi de Yuma Mochizuki / 望月佑真, Utogi, Shizuoka © Camille OgerDans les champs de wasabi21/05/2013
    • Préparation de conserves de bonite à l'usine Ocean Canning, General Santos © Quentin GaudillièreLa fabrique de votre (faux) thon en conserve10/05/2013
    • Beignets de fleurs de courgettes © Camille OgerBeignets de fleurs de courgette26/04/2013
    • Sushi de sardine et de wagyu chez Izumi, Paris © Camille OgerLe goût du Japon chez Izumi17/04/2013
    • Poisson perroquet grillé au lato, Palawan © Camille OgerÇa se mange un poisson-perroquet ?12/04/2013
    • Préparation de conserves de bonite à l'usine Ocean Canning, General Santos © Quentin GaudillièreLa fabrique de votre (faux) thon en conserve10/05/2013
    • Intérieur d'un oursin comestible ou Paracentrotus lividus © Camille OgerLe goût des oursins04/01/2013
    • Racine de wasabi, utogi © Camille OgerVous saurez tout sur le wasabi08/12/2012
    • Tourte de blettes © Camille OgerLa tourte de blettes, la vraie !28/12/2012
    • bonbons-anis-vertOù sont passés les bonbons à l’anis ?24/10/2012
    • ail algue balut barbecue boeuf boisson canard champignons coquillages crevettes dessert fast food fleur fruits glace goût halo halo luxe légumes marché marketing noix de coco nouilles oeuf pharmacopée piment plantes plateau-repas poisson poulet produit japonais pêche racine religion restaurant japonais saison sashimi soupe street food sushi temari sushi thon viande vinaigre végétarien
  • Follow @heimsendi
  • Blogroll
    En français
    • Cuisine de la mer
    • Cuisine campagne
    • Le foodblog de Chihiro
    • Les cuisines de Garance
    • Esterkitchen
    • Fureur des vivres
    • Le gastronome parisien
    • J'veux être bonne
    • La peau d'ourse
    • Piment Oiseau
    • Sinogastronomie
    • La table de Diogène est ronde

    En anglais
    • Anything also eat
    • Asian in America
    • Astig vegan
    • Burnt lumpia
    • Candy blog
    • Chez Pim
    • Chubby hubby
    • Just hungry
    • Looking for great food
    • Nordljus
    • The scent of green bananas
    • Shizuoka Gourmet
    • Tangled noodle
  • Reportages
  • Ethno
  • Recettes
  • Restaurants
  • Contact
  • RSSRSS

© Camille Oger 2011-2013