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Japon · Reportages

Hanami, le temps des cerisiers

Hanami © Camille Oger
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Les fleurs de cerisier sont enfin là ! Tout le Japon célèbre Hanami, en Japonais 花見, littéralement « regarder les fleurs » : on se réunit entre amis ou en famille dans les parcs, sous les branches fleuries et on pique-nique assis sur des bâches bleues étendues au sol. C’est le grand événement du printemps, issu d’une longue tradition.

Hanami à Tokyo © Camille Oger

Hanami à Tokyo © CO

Hanami serait apparu durant l’ère Nara (710-794), mais à l’époque, ce qu’on contemplait, c’étaient les fleurs de prunier. Accessoirement, celui qui contemplait, c’était seulement l’Empereur, et franchement, on n’a pas vraiment de preuve de ce qu’on avance. Peut-être que rien de tout cela n’est vrai. C’est durant l’ère Heian (794-1185) qu’on est passé aux cerisiers et à leurs fleurs, les fameuses sakura, sous l’impulsion de l’Empereur Saga (786-842) qui trouvait ça plus joli et aimait organiser de grandes fêtes à base de saké et de festins sous les branches en fleurs à la Cour Impériale de Kyoto.

Les poètes ont réellement transcendé les gueuletons de l’Empereur en comparant la vie éphémère de ces petites fleurs fragiles à celle des hommes : belle mais courte. Ils ont contribué à la ritualisation de la célébration, lui donnant un sens métaphysique et une caution artistique. Hanami, c’est devenu la contemplation du temps qui passe, et puis, comme nos Vanités, cette contemplation nous rappelle à notre condition de mortels.

Le rituel a pu se développer dans tout l’archipel à plus grande échelle et toucher l’ensemble de la population, alors qu’elle était autrefois réservée à l’élite, durant l’ère Edo (1600-1867), époque à laquelle on s’est mis à planter des cerisiers partout à la demande de Takugawa Yoshimune. Dès lors, c’est devenu un rassemblement populaire, toujours avec de l’alcool et des festins, enfin, plutôt des pique-niques.

Hanami entre filles © Camille Oger

Hanami entre filles © CO

La météo annonce les fleurs dans tout le Japon

Aujourd’hui, les Japonais sont toujours fans de Hanami. Ils observent cette coutume chaque année, plusieurs fois (avec leurs parents, différents groupes d’amis, leurs collègues) et suivent fiévreusement les prévisions de l’agence météorologique du Japon qui annonce la floraison au jour le jour dans chaque ville. On ne plaisante pas avec Hanami, on se donne les moyens. Normalement, les fleurs apparaissent fin mars à l’extrême sud du Japon à Okinawa, et ainsi de suite jusqu’à début mai tout au nord, sur Hokkaido.

Cette année, il a fait très froid, et au moment où les cerisiers ont commencé à fleurir, un terrible typhon a soufflé toute une soirée et toute une nuit. Etant invitée à fêter Hanami deux jours plus tard, j’ai pensé aux pauvres petites sakura en me disant qu’elles allaient toutes s’envoler, et que peut-être, cette année, il n’y aurait pas d’Hanami. Que se passerait-il s’il n’y avait aucune fleur en vue ?

J’ai posé la question autour de moi. En réalité, le problème s’est plus ou moins présenté il y a quelques années : l’hiver et le printemps ont été pourris, froids et pluvieux, et les sakura ne sont jamais vraiment venues à Tokyo. C’était un drame. Mais les Japonais sont pleins de ressources, et grâce aux prévisions de l’agence météorologique, ils ont pu trouver des cerisiers en fleurs. S’il n’y a ne serait-ce qu’un arbre fleuri, ils le trouveront. Peu importe s’il se trouve dans un coin super moche, là n’est pas la question, on regarde les fleurs de toutes façons, pas le reste.

Pique-nique en famille sous les fleurs © Camille Oger

Pique-nique en famille sous les fleurs © CO

Cette année, coup de chance, les sakura se sont épanouies le lendemain du typhon, elles y ont donc échappé. Les parcs sont tout en printemps, avec des fleurs de cerisiers certes, mais pas seulement. Les véritables beautés de Tokyo, ce sont des camélias resplendissants dont personne n’a cure, pour Hanami, le camélia, c’est un figurant.

Au menu d’Hanami, n’importe quoi, pourvu qu’on boive

Pour mon premier Hanami, je suis allée dans un parc du grand Tokyo avec des amis japonais, tous boulangers. Du coup, notre pique-nique a été en grande partie composé de pain, ça fait plaisir après plusieurs mois en Asie, même si les Japonais ne pensent pas forcément qu’il serait intéressant de mettre quelque chose sur ce pain et qu’ils le servent tel quel.

Assez rapidement, nous en sommes venus à bout et il a fallu courir faire des courses de dernière minute pour compléter le repas d’Hanami. Au menu, onigiri, poulet frit, makisushi, croquettes de patate, rouleaux de printemps, bref, un peu n’importe quoi, il n’y a pas de réelle tradition culinaire à observer pour l’occasion.

Pique-nique pour hanami : un peu de tout et de la bière © Camille Oger

Menu de Hanami : un peu de tout et de la bière © CO

Autour de nous, les autres groupes mangent de tout : des trucs achetés au fast-food du coin, des chouettes petits plats faits maisons, des snacks tout prêts venus du supermarché, il n’y a vraiment pas de règle, à part l’alcool : pour Hanami, il faut boire. Ou plutôt, Hanami est une super excuse pour boire en journée dans les parcs.

Ils sont tous installés sur des bâches bleues – pourquoi bleues, aucune idée, mais c’est clairement la norme – sauf les personnes âgées qui optent pour des tables et des bancs. En tant que Français, on pense immédiatement qu’ils ont des problèmes de dos, mais le hic, c’est que chez eux, ils dorment et s’assoient par-terre, comme des Japonais normaux. Je ne sais pas trop pourquoi ils font les choses différemment au parc, peut-être parce que cela leur épargne la nécessité d’utiliser une bâche – elles ne sont pas fournies par le parc mais appartiennent aux particuliers.

Papis et mamies avec tables et bancs © Camille Oger

Papis et mamies avec tables et bancs © CO

Pour Hanami, il a fait froid, super froid, avec un vent glacial pas chouette du tout, mais pas d’excuse, on fête les sakura quand même. S’il pleut (pas un ouragan évidemment), c’est pareil, ce n’est pas une raison suffisante pour louper cette occasion. C’est à cela que l’on voit qu’il s’agit encore du respect d’une tradition plus que d’un simple pique-nique informel entre potes, parce que franchement, avec ce temps, ce n’est pas très agréable.

Contempler le temps qui passe, comme un Japonais

Ce qui est étrange a priori, c’est que, sur le moment, dans les faits, les gens s’en foutent un peu des fleurs. Personne n’a le nez collé à une branche en criant « C’est beauuuuu ». Normal, on n’est pas là pour la fleur mais les arbres en fleurs, nuance. Et encore. Ce qu’on aime par-dessus tout, c’est guetter leur arrivée. Attendre l’éclosion des fleurs comme un rendez-vous annuel incertain, sortir regarder, voir où ça en est, bon, pas encore, peut-être demain ou après-demain, ma tante qui vit dans la préfecture d’à côté m’a dit qu’elle avait déjà plein de fleurs, elle, etc.

Le nez sur la branche © Camille Oger

Le nez sur la branche © CO

Une fois que les fleurs sont là, on aime revenir régulièrement pour voir l’évolution globale de la floraison, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à voir, et hop, une année de passée. C’est en cela que l’on contemple le temps qui passe; on n’observe pas les fleurs une par une au microscope pour les voir vieillir. De toutes façons, ce qui plait surtout aux Japonais, c’est l’idée du printemps, et des saisons en général. En automne, on se déplace pour aller observer les feuilles roussies. Sauf que cette pratique est moins ritualisée qu’Hanami.

Enfin, une autre composante importante d’Hanami, très importante même, c’est le sentiment d’appartenance. Ce rituel vous lie à votre géographie, votre région, puisque chaque région a son tour, mais aussi et surtout à votre pays : si vous fêtez Hanami, vous savez que vous êtes au Japon. C’est le seul pays où cette coutume existe, et elle est observée par tous les Japonais. Elle donne à tous ces gens qui viennent d’îles extrêmement différentes un point commun. D’ailleurs je vais bientôt changer de région, histoire de vous montrer un peu le pays.

Tags: fleurfruitsonigiripouletsaisonsushi

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